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Avec Atalante, Crisse (le dessinateur de Kookaburra et de L'Epée de Cristal) s'attaque à la mythologie grecque. C'est un registre suffisamment peu exploité en bande dessinée pour que nous lui demandions les raisons de son choix...
D'où vous est venue l'envie de faire une BD sur la Grèce archaïque ?
Crisse : A la base, il y a une demande de mon éditeur qui portait sur un ouvrage d'héroïque fantasy. Mais de mon côté je n'avais plus envie de dessiner de jeunes guerrières aux gros seins, aidées par des trolls, qui attaquent des dragons dans des forêts bretonnes. Alors j'ai dit d'accord pour un récit d'héroïc fantasy mais à condition qu'on y apprenne quelque chose. Et j'ai pensé à la mythologie. J'ai consulté des ouvrages spécialisés et je me suis rendu compte que c'était très complexe : tout le monde couche avec tout le monde, les personnages sont tous issus les uns des autres... Je ne trouvais pas d'angle jusqu'à ce que je tombe sur la légende d'Atalante, que j'ai d'abord trouvée assez moyenne. Puis, je me suis aperçu qu'elle avait fait partie des argonautes et donc qu'elle était contemporaine de Jason, d'Hercule... A partir de ce moment j'avais des repères et l'histoire s'est mise doucement en place. Je prends beaucoup de plaisir à démêler les fils et à rester cohérent avec le récit mythologique tout en me permettant des petites libertés et en utilisant des ressorts qui sont ceux de l'héroïc fantasy (quête aventureuse, animaux fantastiques, guerriers musclés...).
La mythologie est néanmoins quelque chose d'assez lourd à gérer, à cause des interactions entre les personnages. Si on parle d'un dieu, il faut savoir de quel dieu on parle. Je m'en aperçois d'autant plus maintenant qu'Atalante part avec les Argonautes : il y a des dieux qui protègent le voyage, d'autres qui y sont opposés. Je me rends compte que les trois marraines que j'ai données à Atalante au départ de l'histoire n'étaient peut-être pas celles qu'il fallait prendre.
Pourquoi avoir choisi de mettre en image la légende d'Atalante, qui est assez peu connue ?
Crisse : J'ai d'abord pensé m'attaquer à la Guerre de Troie mais je ne savais pas comment l'aborder. Puis j'ai découvert Atalante, qui était la seule femme à partir avec les argonautes. Je trouvais intéressant d'avoir le point de vue d'une femme partie avec quarante-neuf héros grecs, certains sympathiques, d'autres beaucoup moins. Cela me permettait d'avoir un personnage qui serait mon incarnation et découvrirait tout cet univers. Et puis, quand on s'intéresse aux argonautes, on s'aperçoit qu'on connaît Jason, Hercule, peut-être un peu Orphée, mais les autres on ne les connaît pas. Alors qu'il y a des personnages fabuleux.
Vous compter suivre la légende à la lettre ou en faire une interprétation ?
Crisse : Dès le départ c'est une grosse interprétation mais basée sur des faits légendaires réels : elle a été abandonnée par son père, elle a été élevée par une ourse puis par des chasseurs, elle est très rapide à la course et elle est partie avec les argonautes. Mais les marraines et le couteau magique sont des ajouts personnels à la légende. Atalante apparaît en fait dans trois légendes différentes : la sienne, une chasse aux sangliers avec d'autres héros grecs et la légende des argonautes. Il y a aussi un petit épilogue à l'histoire de la toison d'or où Atalante bat un des argonautes à la boxe lors de jeux olympiques. Je vais suivre plus ou moins la légende jusqu'à la toison d'or mais je tiens à éviter la fin tragique d'Atalante. Elle vivra donc d'autres aventures que je vais imaginer.
L'histoire commence par la naissance d'Atalante, elle se poursuit par quelques épisodes sur son enfance, puis on passe directement à l'âge à adulte. Pourquoi une transition aussi brutale ?
Crisse : Je voulais avant tout montrer qu'elle avait été reniée par son père et que sa mère nourricière avait été tuée parce que ce sont deux failles psychologiques et donc deux moteurs pour l'action. Les autres éléments concernant son enfance handicapaient plus le récit qu'autre chose.
L'Epée de Cristal est la série qui vous a révélé au grand public. Elle a aussi été votre dernière collaboration avec un scénariste...
Crisse : J'ai choisi ce métier pour raconter des histoires. J'ai toujours assez bien dessiné, même si je n'ai pas de formation académique, mais mon attrait pour la bande dessinée vient de mon envie de raconter des histoires. Quand je travaillais pour Tintin, le rédacteur en chef me disait que j'avais de bonnes idées mais que ne savais pas les mettre en valeur et qu'il me fallait un scénariste. Pendant quelques années j'ai donc travaillé avec des scénaristes pour voir comment on écrivait et comment on mettait en lumière une idée. Quand j'ai dessiné L'Epée de Cristal j'ai trouvé le scénario assez moyen et à l'époque j'avais pris confiance en moi, je savais raconter une histoire, alors je me suis dit : quitte à faire moyen autant le faire tout seul. Et puis en lisant beaucoup de bouquins je me suis rendu compte que toutes les BD qui marchent ne sont que de pâles copies de romans déjà existants. Il y a d'ailleurs deux ou trois livres qui commencent à me travailler très fort. Notamment un qui s'appelle Carmillia, une sorte de Dracula au féminin, très poétique, que j'ai très envie de dessiner.
Mais je n'ai pas encore réussi à écrire le scénario que je voudrais écrire. J'aimerais faire un thriller, avec une horlogerie bien huilée et une fin qui cueille le lecteur dans les toutes dernières cases. Je travaille actuellement sur un scénario de thriller pour Serge Carrère mais c'est dans un registre tout public. C'est l'histoire d'un détective tué dans les années 50 dont l'âme est restée prisonnière d'une bouteille de whisky. Quand la bouteille se brise, cinquante ans plus tard, il découvre notre époque avec ses yeux de fantôme et mène différentes enquêtes tout en cherchant à découvrir qui l'a tué. Ca peut être sympa mais j'espère ne pas passer à côté du sujet...
> Site officiel du dessinateur.
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